[Avril 2026] Les comportements d’épargne des Français ont-ils évolué en 2026, notamment au regard du contexte géopolitique ? Quels sont les enjeux de la transmission patrimoniale posés par le vieillissement de la population ? Les économistes du Groupe BPCE, José Bardaji, Eric Buffandeau et Marion Stéphan, livrent leurs analyses.
Sur les deux premiers mois de l’année, les placements financiers (hors titres) s’établissent à 7,1 milliards d’euros, soit 0,9 milliard d’euros de plus qu’en janvier-février 2025. Cette légère hausse, inférieure cependant au niveau moyen de 2018-2019 sur la même période (9,3 milliards d’euros), reflète un contexte économique toujours favorable à l’épargne et à l’augmentation relative des ressources d’emprunt des ménages.
Les arbitrages entre produits financiers sont assez semblables à ceux observés en 2025. Ils ont été provoqués par la désinflation, qui a entraîné le recul des taux directeurs, la baisse induite des taux réglementés et la repentification de la courbe des taux d’intérêt(1).
(1) La pentification de la courbe des taux désigne le mouvement dans lequel l’écart entre les taux d’intérêt à court terme et les taux d’intérêt à long terme s’élargit. Elle survient donc dans l’un de deux cas suivants : lorsque les taux d’intérêt à long terme augmentent plus rapidement que les taux à court terme, ou lorsque les taux à court terme baissent plus rapidement que les taux à long terme.
L’assurance vie tire encore la collecte nette (13,3 milliards d’euros vs 9,7 milliards d’euros sur janvier-février 2025) et reste le placement préféré des Français en raison de sa meilleure performance. Rappelons en effet que le taux moyen des produits en euros, après un plus bas historique de 1,3 % en 2021, a fortement augmenté pour atteindre 2,6 % en 2025, alors que le taux du livret A a été abaissé à 1,5 % au 1er février 2026.
Les livrets, notamment réglementés, continuent ainsi de pâtir de leur moindre rémunération, tandis que les dépôts à vue se situent au même niveau positif que l’année dernière (1,1 milliard d’euros). Par ailleurs, l’épargne-logement réduit sa décollecte (−5,5 milliards d’euros après −7,0 milliards d’euros en 2025), avant que les clôtures automatiques des plans souscrits 15 ans auparavant ne renforcent les retraits à partir de mars 2026.
Les effets de la guerre en Iran se dessinent d’ores et déjà. Dès le mois de mars 2026, les Français ont fait part de leurs inquiétudes sur les prix. Pour preuve, les perspectives de hausse des prix ont été revues à la hausse alors même que la moitié des réponses à l’enquête que nous avons menée ont été réceptionnées avant le début du conflit (28 février). Il est vrai que l’inflation a atteint 1,7 % en mars après 0,9 % en février.
Dans un environnement plus incertain et d’accroissement anticipé des prix, l’opportunité d’épargner, bien qu’en légère baisse, demeure ainsi à des niveaux historiques sur fond d’une capacité d’épargne élevée. Sous l’hypothèse d’un conflit de courte durée, le choc des prix des matières énergétiques sur la croissance resterait limité. La crise actuelle affecte l’économie française via trois canaux :
Ces trois impacts pèsent sur la croissance, du fait d’une moindre demande, respectivement de consommation, d’investissement et d’exportation. C’est la raison pour laquelle est évoqué un impact qualifié de « stagflationniste ». En raison de l’hypothèse posée et de la moindre dépendance de l’économie française aux énergies fossiles, cet impact serait relativement modéré sur l’année 2026 : +0,3 point d’inflation (1,9 % au lieu de 1,6 %) et −0,1 point de PIB (0,9 % au lieu de 1,0 %).
(2) Produits entrant dans le processus de production, souvent des matières premières.
L’opportunité d’épargner, bien qu’en légère baisse, demeure ainsi à des niveaux historiques
Concernant les taux d’intérêt, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait procéder à un resserrement modéré de 25 points de base (pdb) de ses taux directeurs d’ici à juin du fait du risque inflationniste, le taux de la facilité de dépôt(3) étant porté à 2,25 %.
L’OAT à 10 ans augmenterait en conséquence de +15 pdb, se situant en moyenne annuelle à 3,80 %. Le taux du livret A serait supérieur de +20 pdb au taux qui était attendu en fin d’année avant l’avènement du conflit, avec le passage de 1,5 % au 1er février à 1,8 % au 1er août 2026.
(3) Le taux de facilité est l’un des trois principaux taux directeurs, avec le taux de refinancement et le taux de prêt marginal, fixé par la BCE que perçoivent les banques commerciales, lorsqu’elles déposent des fonds pour 24 heures auprès de la BCE.
La hausse serait identique pour le livret d’épargne populaire (LEP), à 2,8 %, tandis que celle sur les comptes sur livret serait légèrement moindre. Pour mesurer l’impact du nouveau scénario décrit ci-dessus sur les placements financiers, une estimation économétrique robuste de la collecte nette est utilisée, autour d’une tendance longue, qui serait d’une part positive avec la progression du pouvoir d’achat (une ressource de revenu) et du crédit à l’habitat (une ressource d’emprunt), et d’autre part négative avec l’OAT à 10 ans (un effet revenu des produits de taux réduisant implicitement la volonté d’épargner davantage).
Partant d’un montant de collecte nette de 56,6 milliards d’euros en 2026, le nouveau scénario entraînerait une réduction du montant des placements financiers à hauteur de 7,2 milliards d’euros en raison surtout du moindre gain de pouvoir d’achat des ménages (−5,6 milliards d’euros par rapport au scénario qui prévalait). En effet, l’impact de la remontée des taux d’intérêt serait a priori faible (−1,0 milliard d’euros) tout comme les moindres crédits immobiliers octroyés (−0,6 milliard d’euros).
49,9 milliards d’euros Montant net estimé des placements financiers des ménages en 2026
Globalement, les placements financiers des Français s’établiraient à 49,4 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026 avec ce nouveau scénario. L’impact serait particulièrement négatif sur les dépôts à vue, du fait du net ralentissement du pouvoir d’achat. Les retraits massifs à venir sur l’épargne-logement (PEL) profiteraient un peu moins à l’assurance vie, du fait de la hausse du taux du livret A.
On continuerait cependant à assister, comme en 2025, à la poursuite de la réorientation des placements financiers au profit de l’assurance vie, des livrets B-CSL et des dépôts à vue au détriment de l’épargne-logement et des comptes à terme, les livrets réglementés profitant de la hausse des taux réglementés.
La population française vieillit. Désormais, les Français âgés de 65 ans et plus sont aussi nombreux que ceux de moins de 20 ans. En 30 ans, le nombre de séniors a été multiplié par près de 2 tandis que le nombre de personnes de moins de 20 ans est resté stable. Ce vieillissement provient de la baisse des naissances couplée au recul de la mortalité.
Pour autant, le nombre de décès est en nette hausse depuis 15 ans, en raison des générations nombreuses du baby-boom. Sur cette période, il croît au rythme moyen de +1,1 % par an même s’il est parfois affecté par des événements exceptionnels (épisodes caniculaires en 2003 et en 2022, de grippes en 2015 et en 2022 ou crises sanitaires avec le COVID en 2020-2021). Sur les 15 prochaines années, les dernières projections de l’Insee tablent sur une croissance annuelle des décès de +1,2 %.
X2 En 30 ans, le nombre de séniors a été multiplié par près de 2
En 2025, le patrimoine net(4) des Français est de 15 000 milliards d’euros et celui des retraités représente 41 % de cet ensemble, soit 330 000 euros par retraité. Il connait une croissance annuelle un peu inférieure à celui de l’ensemble des Français (+2,6 % contre +3,0 % sur les 15 dernières années), du fait d’un portefeuille moins risqué. Les droits de mutation à titre gratuit (DMTG) s’établissent à 20,7 milliards d’euros en 2025, dont 4,5 milliards d’euros au titre des donations et 16,2 milliards d’euros au titre des successions.
(4) Sources : comptes distributionnels de patrimoine des ménages de la Banque de France, Insee, calculs BPCE L’Observatoire.
Les dynamiques entre donation et succession sont voisines sur la période 1995-2010. Elles sont toutefois bien distinctes sur la période 2010-2025 : les DMTG liés aux donations croissent au rythme annuel moyen de 11,1 % contre 5,8 % pour celles correspondants aux successions. Sur les quinze prochaines années (2026-2040), le nombre de décès s’élèverait à 10,7 millions, soit 1,5 million de plus que sur les quinze années passées (2011-2025) en raison de l’entrée à des âges avancés des générations nombreuses du baby-boom.
Le patrimoine net (patrimoine brut moins endettement) des personnes décédées s’établirait à 3 832 milliards d’euros. Le flux successoral, qui tient compte des donations et qui en découle, s’élèverait à 6 246 milliards d’’euros sur 2026-2040, soit 1 992 milliards d’euros de plus par rapport à 2011-2025 (+47 %). Enfin, les DMTG connaitraient une hausse de 140 milliards d’euros entre ces deux périodes de quinze ans.
Une enquête auprès d’un échantillon national représentatif de 2 000 Français âgés de 18 ans et plus et de 544 patrimoniaux (ayant 100 000 euros ou plus de patrimoine financier) a été réalisée online du 27 février au 8 mars 2026 constituant la 21e vague de notre Baromètre Epargne & Placements avec un focus spécifique sur la transmission.
Les Français et la transmission patrimoniale : les 3 idées clés
L’héritage, bien que perçu comme fiscalement lourd, joue un rôle crucial dans la préservation du patrimoine familial et la sécurisation de l’avenir des proches, une prise de conscience qui s’accroît avec l’âge. L’héritage est par ailleurs perçu pour 8 Français sur 10 comme source de tensions relationnelles au sein de la famille en particulier auprès des 50-65 ans. Les patrimoniaux valorisent davantage l’aspect sécuritaire (90 %). L’héritage est davantage reconnu comme un accélérateur d’inégalités sociales pour les Français sans enfant (56 %).
Les Français sont partagés entre hédonisme et altruisme envers leurs proches. Les Français âgés de 66 ans et plus d’une part et les patrimoniaux d’autre part sont plus nombreux à prendre des dispositions pour transmettre leur patrimoine à leurs proches. En revanche, l’absence d’enfant pousse à l’hédonisme : 2 Français sur 3 n’ayant pas d’enfant préfèrent consommer ou épargner pour eux-mêmes.
La réussite d’une succession repose avant tout sur la protection du conjoint (32 %), la réduction des droits de succession (31 %) et le maintien de la paix familiale (30 %). Ces deux dernières priorités sont renforcées par la présence d’enfants. Les personnes mariées ou pacsées et les plus de 65 ans marquent un intérêt plus fort pour protéger leur conjoint. La réduction des droits de succession est plus prégnante pour ceux qui ont au moins un enfant et la paix familiale constitue une priorité plus importante dès lors que la famille est nombreuse.
31 % des Français considère la réduction des droits de succession comme un facteur clé pour une transmission réussie
Les coûts perçus (49 %) et la complexité de la transmission (42 %) constituent les 2 principales difficultés liées à la transmission. La complexité augmente avec le patrimoine et l’âge. Les conflits familiaux potentiels émergent plus souvent au sein des familles nombreuses (37 % contre 32 % pour l’ensemble des Français).
Si aborder le sujet de la transmission avec son conjoint (90 %) ou ses enfants (85 %) semble aisé, seuls 56 % des Français connaissent le montant du patrimoine de leurs parents et 73 % celui de leur conjoint. Les femmes le connaissent encore moins. En corollaire, une méconnaissance des droits de succession : seuls 19 % des Français connaissent le montant des droits de succession que leurs ayants-droits auraient à payer. Ce niveau de connaissance est un peu plus élevé parmi les plus âgés (27 %), les familles avec enfants (22 %) et les cadres/chefs d’entreprise (30 %).
52 % des Français déclarent avoir déjà reçu au moins une donation et/ou un héritage. Les premiers donateurs sont les parents (41 %), loin devant les grands-parents (11 %). La proportion de donataires augmente avec l’âge passant de 39 % pour les moins de 50 ans à 74 % pour les 66 ans et plus. La transmission directe vers les petits-enfants se démocratise (de 4 % pour les 66 ans et plus à 15 % pour les moins de 50 ans).
Un Français sur deux envisage de renoncer à son l’héritage de ses parents au profit de ses propres enfants. Ce ‘saut générationnel’ est davantage envisagé par les ménages qui n’ont qu’un seul enfant mais l’est moins par les Français divorcés.
52 % des Français déclarent avoir déjà reçu au moins une donation et/ou un héritage
Le fait de discuter de transmission du patrimoine avec ses enfants (34 %) est plus fréquent qu’avec ses parents (28 %). Seuls 27 % des Français ont déjà discuté avec un professionnel (notaire, banquier/conseiller ou avocat) et 25 % ont déjà rédigé leur testament ou commencé à transmettre une partie de leur patrimoine.
Un effet générationnel est probable mais différencié : le fait de discuter avec ses enfants enregistre une nette progression à partir de 50 ans. La préparation avec un professionnel et la mise en œuvre (rédiger son testament ou commencer à transmettre) se formalisent après 65 ans.
Près d’un Français sur deux (47 %) exprime un besoin d’accompagnement sur la fiscalité de la transmission, suivi de la donation (39 %, en particulier pour les 50-65 ans), sur la rédaction du testament (39 %, en particulier les personnes sans enfant) et sur l’assurance-vie en 4e position (34 %, en particulier pour les moins de 50 ans).
Présentation de l'étude
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Synthèse de l'étude
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