[Septembre 2026] Conjoncture macroéconomique, analyse démographique ou encore zoom sur les cessions-transmissions : José Bardaji et Julien Laugier, économistes de BPCE, dressent un bilan de la situation économique et démographique des entreprises au regard du contexte actuel.
Au 2e trimestre 2026, la croissance du PIB en France s’établit à 0,5 % sur un an, moitié moindre que celle de l’Allemagne, de l’Italie et de la zone euro dans son ensemble. Elle s’élève même à plus de 2 % en péninsule ibérique. Cette faiblesse de l’activité économique tient principalement à la demande, intérieure et extérieure.
La bonne situation relative de l’industrie ne suffit pas à compenser un climat des affaires morose dans le bâtiment et le commerce. Les dernières prévisions de croissance disponibles laissent attendre une croissance de 0,4 % seulement sur l’année 2026 contre 1,0 % attendu par le consensus en début d’année.
Les sociétés non financières pâtissent de cet environnement peu porteur. Leur taux de marge recule de près d’un point de pourcentage (pp) comparé à celui de l’année dernière. Leur taux d’épargne chute, retrouvant le creux de 2020. Le taux d’investissement demeure toutefois à un niveau relativement élevé en raison des dépenses d’équipement nécessaires pour accompagner les transitions environnementales et numériques.
En effet, la résistance de l’investissement provient principalement des dépenses en services, en particulier en information-communication où se trouvent les dépenses liées à l’intelligence artificielle. Depuis 2022 jusqu’au 1er semestre 2026, ces dernières croissent beaucoup plus rapidement que l’ensemble : +26 % contre +10 %.
Au sein du secteur manufacturier, les industriels signalent la modernisation et la rationalisation de la production comme destination privilégiée des investissements, au détriment du remplacement d’équipements et de l’extension de la capacité de production.
Au total, la baisse du taux de profit des entreprises conjuguée à la résistance des investissements produit un besoin de financement qui, sur la première moitié de l’année 2026, dépasse déjà son niveau de 2025.
Le besoin de financement pèse sur la trésorerie des entreprises. En réaction, les flux nets de crédits progressent : +35 milliards d’euros de janvier à juillet 2026 contre +21 milliards d’euros sur la même période en 2025. Par catégorie, ce sont principalement les crédits de trésorerie qui sont à l’origine de cette nette hausse. Dans le même temps, les placements nets reculent, à −25 milliards d’euros de janvier à juillet 2026 contre −17 milliards d’euros au cours des sept premiers mois de 2025.
+35 Md€ Montant du flux net de crédits entre janvier et juillet 2026
En raison de la hausse des taux de marché au cours de cet été, aussi bien monétaires que souverains, les taux des crédits bancaires à l’investissement pourraient s’élever à 4,0 % en fin d’année, soit +50 points de base par rapport à juin. Ils viendraient accroître la charge des entreprises alors même que le stock de dettes n’est que partiellement immunisé par cette hausse en raison d’une part de crédits à taux variable, de l’ordre de 22 %. Certains projets d’investissement pourraient être reportés ou annulés du fait de ce renchérissement du coût du crédit et de perspectives d’activité dégradée.
Les créations d’entreprises demeurent particulièrement dynamiques : +11 % sur un an en août, à 1,25 million en cumul sur douze mois. Les créations proviennent principalement des microentreprises (+14 % à 0,84 million), puis des sociétés (+7 % à 0,31 million) et des entreprises individuelles (+4 % à 0,11 million). Sectoriellement, le dynamisme est porté d’abord par les services aux entreprises dont les créations croissent de 19 % et qui représentent une création sur quatre. Les autres secteurs d’activité sont également dynamiques hormis les transports (−1 % de créations) et surtout les activités financières (−10 %).
La hausse des défaillances d’entreprises se poursuit, à un rythme presque inchangé de +2 % sur un an à près de 70 000 de septembre 2025 à août 2026. Le nombre d’emplois menacés demeure sur un plateau haut, à 286 000 sur douze mois en août 2026. Par catégorie d’entreprise, le constat est semblable hormis pour les entreprises sans salarié : croissance sur un an de +5 % contre une quasi-stabilité pour les TPE, les PME et les ETI (entre −1 % et +1 %). S’agissant des emplois menacés, le recul est concentré auprès des ETI (−13 %).
En raison de la forte dynamique démographique des entreprises en France, l’analyse du taux de défaillances qui rapporte le nombre de défaillances au nombre d’entreprises, est complémentaire. Elle signale une quasi-stabilité depuis près de trois ans à un niveau élevé, aussi bien pour l’ensemble des entreprises que par catégorie d’entreprises.
Les mois à venir devraient toutefois enregistrer une hausse des défaillances qui atteindrait le niveau de 71 000 sur l’ensemble de l’année 2026. Rappelons qu’en début d’année, BPCE L’Observatoire tablait sur 69 000 défaillances. Les événements de l’année, en premier lieu la hausse de l’inflation énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient, ont détérioré les termes de l’échange et les conditions financières tout en pesant sur l’activité, donc sur la demande adressée aux entreprises.
71 000 C’est le nombre de défaillances d’entreprises attendu sur l’année 2026
L’immobilier est particulièrement affecté par la dégradation de l’activité économique et par la hausse des taux d’intérêt. La dynamique des ventes de logement anciens s’est infléchie sur la première moitié de l’année tandis que la crise du logement neuf se prolonge, les réservations marquant un nouveau point bas au 2e trimestre. Au nombre de 16 800, les défaillances dans l’immobilier se replient de 4 % sur un an mais demeurent à un niveau historiquement très élevé. Les créations de sociétés restent elles-mêmes supérieures à la période pré-Covid.
Le secteur du commerce est quant à lui touché par la faiblesse du pouvoir d’achat des Français. Depuis près de quatre ans, ce dernier progresse de 1,4 % seulement au 1er semestre 2026 par rapport à 2022. En parallèle, les crédits à la consommation ralentissent du fait d’un taux d’épargne des ménages toujours supérieur à sa moyenne sans doute aussi du fait de taux d’intérêt élevés.
Les Français ont également fait évoluer leur panier de consommation, au profit des biens d’équipement et des services et au détriment des dépenses alimentaires, en habillements et en achats automobiles. En cumul sur 12 mois, les défaillances dans le secteur du commerce restent élevées, à près de 15 500 entreprises (+2 % sur un an). Ces transformations récentes s’accompagnent cependant d’un dynamisme des créations, signe d’une forme de mutation du secteur et de l’arrivée de nouveaux acteurs.
Le transport routier de marchandises (TRM) pâtit en premier lieu de la hausse du prix des carburants (+46 % sur un an, en partie absorbée par l’indexation carburant). Ajoutée à l’augmentation des autres postes de coûts (maintenance et réparation, personnel de conduite…) et au recul de la demande en raison de l’orientation de l’activité économique, le secteur concurrentiel du TRM fait face à des difficultés de trésorerie (51 % des entreprises déclarent une baisse de leur trésorerie au 2e trimestre 2026, +7 points sur un an). Bien qu’en repli de 9 % sur un an, les défaillances dans le secteur routier au nombre de 1 700 demeurent à un niveau historiquement élevé.
Un choc démographique va également toucher les entreprises, en premier lieu celles qui seront cédées ou transmises en raison du départ à la retraite du dirigeant. En novembre 2025, Bpifrance dénombrait à 370 000 le nombre d’entreprises potentiellement transmissibles d’ici à 2030, avec 3 millions d’emplois en jeu, soit 74 000 entreprises en moyenne chaque année. Dans les faits, seules 37 000 entreprises ont changé de mains en 2023 et en 2024, soit seulement la moitié des 74 000 entreprises potentiellement à transmettre.
Ce sujet revêt une dimension stratégique à plusieurs égards :
Les cessions-reprises ne progressent pas : BPCE L’Observatoire estime toujours à près de 37 000 le nombre d’entreprises cédées en 2025 et en 2026, toujours très loin du potentiel évalué à 74 000 cessions par an.
En parallèle, le vieillissement des dirigeants des PME-ETI se poursuit. La part des dirigeants séniors de PME-ETI en France est passée de 17,4 % en 2010 à 27,6 % en 2025. Ainsi, le processus de renouvellement générationnel des dirigeants séniors par un dirigeant plus jeune n’est pas manifeste à l’aune des dernières données. De surcroît, la part des dirigeants de 66 ans et plus a doublé au cours des 15 dernières années, passant de 6,2 % en 2010 à 12,4 % en 2025. Les dirigeants de PME restent donc plus longtemps à la tête de leur entreprise.
Les freins à la cession-transmission d’entreprises sont nombreux :
Malgré tout, les atouts de la cession et les opportunités sont nombreuses. Toutes choses égales par ailleurs, les entreprises reprises enregistrent naturellement de meilleures performances économiques et financières que les entreprises créées ex nihilo.
Malgré une évolution globale peu allante, les cessions-transmissions sont un marché à plusieurs vitesses :
Le ralentissement de l’économie française se poursuit : croissance de 0,5 % seulement sur un an contre 1,0 % pour la zone euro, l’Allemagne et l’Italie.
Ce ralentissement pèse sur le compte de résultat des entreprises qui s’endettent davantage et placent moins en raison d’un besoin de financement au S1-2026 déjà supérieur à celui de 2025.
D’ici la fin de l’année, la résilience des entreprises est mise à l’épreuve du fait de la faiblesse de l’activité conjuguée à la hausse des taux d’intérêt des crédits, attendus à 4,0 % contre 3,5 % en juin.
Le dynamisme des créations d’entreprises ne se tarit pas et, dans le même temps, la hausse des défaillances se poursuit.
L’immobilier, le commerce et le transport routier de marchandises sont affectés par le contexte actuel.
370 000 entreprises sont à reprendre dans les cinq prochaines années mais les cessions-reprises ne décollent pas avec seulement environ 37 000 cessions-transmissions d’entreprises réalisées en 2025 et en 2026.
Des disparités restent importantes au regard du secteur (commerce, industrie, bâtiment) et du territoire (Normandie, PACA).