Lauréat de la Fondation nationale Banque Populaire, Oscar Burnham, 26 ans, est l’un des grands potentiels de l’ Équipe de France de ski paralympique. En 2026, une 4e place au combiné aux Jeux de Milan-Cortina, à 20 centièmes du podium, a forcément généré des regrets mais aussi des promesses.

Le ski, c’est toute la vie d’Oscar qui est quasiment né avec des skis aux pieds mais qui s’était éloigné de la compétition jusqu’à ce que le destin le ramène « entre des piquets ». Le destin, c’est un foutu accident, « une connerie de jeunesse » comme il le décrit, où le soir de son bac, il a pris un arc électrique qui lui a brulé la main gauche. Pas du genre à s’apitoyer sur son membre amputé, Oscar s’est alors lancé dans le handisport. Le para ski bien évidemment. Et avec lui le goût de la compétition qui ne l’avait jamais quitté.

Vous avez été initié au ski alpin dès votre plus jeune âge ?

Ma maman était monitrice de ski à Tignes. Elle m’a mis sur des skis dès que j’ai su marcher. Donc j’ai très vite fait de la compétition et intégré un sport études. Parallèlement, j’ai aussi toujours pratiqué des sports de montagne. Notamment beaucoup d’escalade, également en compétition, d’alpinisme mais aussi de parapente.

Vous avez continué longtemps ?

Je suis devenu moniteur de ski et j’avais l’intention de devenir guide de haute montagne. Mais mon accident ne m’a pas permis de mener ce projet à bien. Je peux toujours exercer comme moniteur de ski malgré mon handicap, en revanche, avoir la responsabilité de personnes en tant que guide n’était pas possible. Mais je continue d’aller en montagne faire de l’alpinisme avec les copains.

Lors de votre accident, vous avez alors failli mourir mais l’un de vos amis vous a sauvé la vie en procédant à un massage cardiaque. Comment vit-il votre carrière de sportif de haut niveau, votre participation aux Jeux Paralympiques ?

Il m’a en effet clairement sauvé la vie. C’est grâce à lui que je suis encore là. Aujourd’hui, avec Pablo, on habite ensemble, on est en colloc. Je pense qu’il est assez fier de voir l’évolution de ma carrière. Mais pour lui, je reste Oscar, je ne suis pas l’athlète de haut niveau. Mais c’est sûr qu’il a sa part dans ce qui m’arrive.

Vous aviez atteint quel niveau en ski avant votre accident ?

J’ai fait des compétitions FIS, c’est-à-dire organisées par la Fédération internationale de ski, mais je n’ai jamais atteint l’Équipe de France et j’ai fini par arrêter.

Il y a une autre personne qui a joué un rôle dans votre destinée. C’est l’athlète multi médaillée Marie Bochet, qui était d’ailleurs la cheffe de mission de l’Équipe de France aux Jeux Paralympiques de Milan-Cortina 2026.

C’était un moment où je ne savais plus vers quoi me tourner. Ma main avait été très endommagée par l’arc électrique. Il fallait que je prenne une décision à savoir si je choisissais ou pas que l’on me coupe la main. J’ai eu une semaine pour réfléchir. Or c’était en 2018, au moment des Jeux Paralympiques de PyeongChang. Et j’ai vu Marie remporter ses quatre titres. Je me suis dit en la regardant pourquoi pas moi. Ça a joué dans ma décision de couper ma main. C’était la main gauche… je suis droitier.

Vous vous êtes alors tout de suite lancé dans cette aventure ?

Oui. J’ai eu mon accident en juillet et j’ai repris le ski en novembre. Et quelques mois après, je disputais le circuit national et ensuite mes premières Coupes du monde.

Quelle différence y a-t-il entre le ski et le para ski ?

Pour percevoir les différences, il faut aller dans les détails de la performance. Notamment, dans un tracé sur une piste raide, si je veux aller chercher des secondes qui comptent et ne pas avoir l’appui sur le côté gauche mais sinon… L’important ça reste d’aller vite en bas !

C’est finalement votre accident qui vous a ramené à la compétition dont vous étiez détourné…

Oui, c’est une épreuve de vie qui m’a ramené à la compétition. Mais j’ai cela en moi. J’aime beaucoup le ski, dans toute sa largeur, mais c’est le besoin de compétition qui m’amène « entre des piquets ».

Est-ce que le sport a pris une place différente dans votre vie après votre accident ?

Non. Il n’y a pas eu un avant et un après. Le sport était en moi avant et après cet accident. Déjà au centre de mon existence et il l’est resté. Et justement, reprendre très vite le sport m’a aidé à dépasser ce moment. C’est plutôt un paradoxe, mais cet accident m’a permis finalement de faire du sport ma vie, et à vivre de mon sport.

Normalement, les skieurs se spécialisent dans des disciplines. Vous, vous pratiquez tout, de la descente au slalom… Pourquoi ?

Parce que cela me convient. La vitesse m’apporte beaucoup pour les disciplines techniques. Et inversement.

La descente est un sport challengeant, la chute n’est jamais neutre : comment gérez-vous la peur de tomber et le risque inhérent ?

J’aime bien avoir peur au départ. De toute façon, j’aime la prise de risques. Je pratique l’alpinisme… J’ai l’habitude de ce rapport à la pente. Ce sont des disciplines où l’on met en jeu notre corps.

Il y a des sportifs que vous admirez particulièrement ?

Je suis très admiratif des sportifs qui gagnent et qui ensuite parviennent à rester au sommet tel que Teddy Riner. C’est ce qui me semble le plus difficile.

Si vous deviez retenir une valeur qui vous est chère dans votre sport ?

C’est la liberté dans sa dimension la plus large. La liberté de pratiquer mon sport dans la nature mais également la liberté de choisir mes trajectoires. Le ski offre beaucoup de liberté d’expression.

A quoi pensez-vous lorsque vous êtes dans le doute ?

Je pense à la suite. Je ne regarde jamais en arrière, ça ne sert à rien. Je me consacre à ce que je peux faire, avec ce que j’ai et non à ce que j’aurais pu faire.

Un mot sur votre participation aux Jeux Paralympiques de Milan-Cortina 2026 ? Qu’est-ce que vous en retenez ? Notamment votre 4e place au combiné sur le plan sportif et personnel ?

Je termine en effet 4e du combiné. A 20 centièmes de la médaille. C’est vraiment rien. Je n’ai pas envie de dire que c’est un échec. Mais c’est ainsi, il n’y a que trois places sur un podium … Je ne sais pas si la déception va s’atténuer avec le temps ; ce que je sais, c’est que je vais m’en servir pour être meilleur.

Cette place signifie que vous étiez dans le vrai en termes de préparation…

Exactement. Je n’ai pas terminé 10e, largué par rapport aux meilleurs. Là, j’étais dans le coup. 20 centièmes, si je refais la course, c’est juste un ou deux appuis fuyants. Mais désormais, je sais ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et collectivement, le bilan de l’Équipe de France n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes, comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’on était à la hauteur de l’objectif. Maintenant, le sport n’est pas une science exacte. On a une très bonne Équipe de France. Tout le monde n’a pas ramené la médaille attendue, mais on n’était pas loin, comme moi par exemple qui termine 4e. C’est pour cela que cette équipe est forte pour l’objectif des Jeux Paralympiques en 2030.

Quelles sont vos prochaines échéances sportives ?

Un peu de repos, des vacances et ensuite on repart en préparation dès le mois de juin. J’ai en effet une grande échéance la saison prochaine puisque les Championnats du monde auront lieu chez moi, à Tignes. Je connais par cœur la piste de Lognan où se dérouleront les épreuves. J’y ai presque skié avant de savoir marcher. C’est sur cette même piste qu’ont eu lieu les Jeux Paralympiques de 1992.

Les Jeux en France en 2030, c’est déjà dans votre esprit ?

C’est encore très loin. On va prendre les saisons une par une, mais j’ai vraiment l’ambition d’y être.

Vous faites partie des effectifs de la police, comment cela s’articule-t-il avec votre carrière ?

Je fais en effet partie des sportifs de haut niveau de la police nationale. J’ai la chance d’être détaché à 100 % afin de pouvoir me consacrer à mon sport. Je représente l’institution et les valeurs de la police dans les compétitions nationales et internationales.

Avez-vous des activités en dehors du sport, avez-vous un double projet ?

J’ai terminé mon DUT de technique de commercialisation avec un parcours aménagé à l’IUT d’Annecy. Désormais je me consacre 100 % à mon projet sportif. Notamment dans la perspective des Jeux en France dans quatre ans. Mais la reconversion est dans un coin de ma tête et je sais que j’aurais pas mal d’opportunités… Pour l’instant, jusqu’en 2030, c’est « dré dans l’pentu » comme on dit chez moi en Savoie.

Comment avez-vous « rencontré » la Fondation d’entreprise Banque Populaire* ?

J’ai eu l’occasion de connaitre son activité de soutien aux sportifs en discutant avec certains d’entre eux et notamment son soutien des athlètes handisport. Je me suis positionné et j’ai été très heureux de faire partie des lauréats de l’année 2026. C’est un très beau projet sociétal.

Et que vous apporte son soutien ?

Ça m’apporte énormément de faire partie d’un collectif, d’une famille, d’un groupe de personnes qui ont des projets communs… Au-delà de l’aspect financier, c’est inspirant d’un point de vue personnel d’appartenir à un grand groupe comme ça. C’est une ouverture nouvelle pour des sportifs comme nous.

* Depuis 1992, la Fondation nationale Banque Populaire, instrument de mécénat des 14 Banques Populaires et de leurs sociétaires, favorise l’initiative individuelle et accompagne dans la durée des projets de vie de personnes talentueuses, créatives, ayant l’envie d’entreprendre et le goût pour l’innovation dans trois domaines : la Musique, le Handicap et l’Artisanat d’Art.