[Février 2026] José Bardaji, José Correia et Julien Laugier, économistes de BPCE, dressent un bilan de la situation économique et démographique des entreprises en 2025 et livrent leurs perspectives pour l’année 2026. Ainsi, les défaillances pourraient rester stables à environ 69 000.
À 0,9 %, la croissance du PIB en France en 2025 est proche de celle de l’année passée et de sa moyenne de long terme. Elle est également voisine de la croissance de la zone euro si on exclut de celle-ci l’Irlande qui enregistre une croissance à deux chiffres. Et elle demeure supérieure à celle de l’Allemagne (0,4 %) et de l’Italie (0,7 %). Seule ombre au tableau, la croissance en France provient d’abord de la reconstitution des stocks et, dans une moindre mesure, de la demande intérieure tandis que la demande extérieure fléchit. Pour le début de l’année 2026, le climat des affaires revient à un niveau très proche de sa moyenne de long terme après un point bas à l’été, signe également de l’amélioration de la situation des entreprises en France depuis l’automne.
Les ratios économiques des SNF se dégradent sur l’année. Le taux de marge se replie mais reste à un niveau élevé. La baisse du taux d’épargne est plus marquée, en raison de l’alourdissement de la charge d’intérêt. Toutefois, le taux d’investissement se stabilise. Ajouté à l’alourdissement du coût de stockage, il en résulte un léger besoin de financement sur les trois premiers trimestres de l’année.
Sur les quatre derniers trimestres, les flux de placements des SNF progressent de 12 milliards d’euros sur un an, à 44 milliards d’euros. Bien que plus mesurés, les flux de financements sont également en hausse, de +5 milliards d’euros, à 110 milliards d’euros. Au sein de ces derniers flux, ce sont les titres de créance et les emprunts bancaires qui enregistrent les plus fortes augmentations : à 65 milliards d’euros après 27 milliards d’euros en 2024.
La démographie des entreprises est particulièrement dynamique. Avec près de 1,2 million de créations d’entreprises sur l’année, c’est un niveau record. Les micro-entrepreneurs représentent près des deux tiers des créations, les sociétés 26 % et les entrepreneurs individuels (EI) 9 %.
La hausse enregistrée sur l’année, de +5 %, provient des micro-entrepreneurs et des sociétés (+6 %) tandis que les créations d’EI classique reculent (−3 %). Les créations sont très dynamiques dans le commerce (+12 %), l’information et la communication, les activités immobilières et le soutien aux entreprises (+9 %) ; ces dernières représentant plus d’un quart des créations. En revanche, elles reculent dans la construction (−3 %) et sont quasi-atones dans l’industrie et les services aux ménages.
1, 2 million d’entreprises créées en 2025, un niveau record
Sur 10 ans, le phénomène est massif avec le doublement des créations (×2,1), principalement du fait des micro-entrepreneurs (×2,8) et des sociétés (×1,7) tandis que les créations d’EI sont restées globalement stables, entre 106 000 et 144 000 créations annuelles sur la période. Par secteur d’activité, le transport et l’entreposage d’une part et l’information et la communication d’autre part sont les plus dynamiques avec des créations multipliées par 5 et par 3 respectivement.
Le niveau record de défaillances d’entreprises sur 12 mois a été atteint en septembre 2025, avec près de 68 800 défaillances, et le nombre d’emplois menacés un an plus tôt. Au 4e trimestre 2025, le nombre de défaillances est quasi-stable sur un an, à 18 400 (−1 % par rapport au 4e trimestre 2024).
68 800 défaillances d’entreprises à septembre 2025 (un record sur 12 mois)
Le nombre d’emplois menacés recule de 9 % sur un an, surtout pour les microentreprises (−11 %) et les entreprises de taille intermédiaire et grandes (−19 %).
A 1,11 % en 2025, la fréquence de défaillances est globalement stable par rapport à 2024, et retrouve presque son niveau de 2019. Ici encore, la moyenne d’ensemble masque des dynamiques contrastées :
Il semble assez naturel de considérer que les grandeurs démographiques et économiques interagissent entre elles, en premier lieu l’état de l’économie illustré par l’évolution de la valeur ajoutée des branches marchandes non agricoles d’une part et la démographie des entreprises, créations et défaillances d’autre part.
C’est bien le cas, ce lien est étroit : lorsque l’activité croît, les créations progressent et les défaillances diminuent. Ce lien apparaît plus fort avec les défaillances qu’il ne l’est avec les créations. Il est synchrone, avec très peu d’effets retards ou avancés. Il est constant dans le temps, surtout pour les défaillances. Une forme de rupture apparaît toutefois avec les créations à partir de 2016 qu’il est possible d’expliquer par l’ubérisation d’une frange de l’économie française, en particulier au sein du secteur des transports. Enfin, le lien entre l’activité et les défaillances est plus tangible pour certains secteurs, tels l’industrie, le commerce, les transports et les services aux entreprises.
La corrélation laisse attendre une causalité que la littérature économique documente, de l’activité et les créations d’entreprises vers les défaillances[1]. Estimée sur les données annuelles depuis le début des années 1990, cette relation signale notamment l’effet des créations d’entreprises (hors micro-entrepreneurs) sur les défaillances : une hausse de 1 % des créations occasionne une hausse de 0,5 % des défaillances au bout de 3 ans et par une hausse de 0,9 % au bout de 10 ans.
Lors de la 1ère moitié des années 2010, les créations ont très faiblement alimenté les défaillances. Au cours de la 2e moitié des années 2010, elles les ont accrues à hauteur de 1,3 point de pourcentage chaque année. Enfin, depuis 2021, l’impact est plus massif encore (2 pp en moyenne chaque année), en raison de la dynamique passée des créations. Sur cette dernière période, les créations sont ainsi à l’origine d’une hausse de 10 % des défaillances.
Fort de cette relation macro-économétrique, et au regard des perspectives économiques sur l’année 2026 avec une croissance du PIB attendue à 1,0 % en France, les défaillances devraient rester stables sur l’année, s’établissant à environ 69 000.
[1] Cf. C. DOLIGNON : Facteurs explicatifs des évolutions récentes des défaillances d’entreprises : une analyse économétrique, Lettre Trésor-Éco n°84, Février 2011.