Le paysage des flux financiers internationaux connaît une profonde recomposition sous l’effet conjoint des évolutions réglementaires et des innovations technologiques. Dans l’édition d’octobre 2026 de La Lettre du Trésorier, Olivier Hollette et Huyen de Gouttes, experts chez Natixis CIB, analysent les transformations en cours. Entre la généralisation de la norme ISO 20022, l’essor des schémas instantanés et l’exploration de la blockchain, l’optimisation des paiements transfrontaliers répond à un double impératif d’efficacité opérationnelle et de souveraineté.

Les frictions historiques de la gestion de trésorerie internationale

Pour les directions financières gérant des flux multi-devises, les circuits traditionnels présentent encore des freins notables qui découlent principalement du modèle de correspondance bancaire. Chaque intermédiaire entraîne des coûts, des délais de traitement et des vérifications de conformité (AML/KYC) souvent redondantes. À cela s’ajoutent les risques d’erreurs de saisie bancaire, ainsi qu’une fragmentation réglementaire imposant des nomenclatures locales complexes, comme les purpose codes exigés par certains pays (Inde, Afrique du Sud, Philippines).

La feuille de route du G20 et l’apport structurant d’ISO 20022

Initié en 2020 sous l’égide du Conseil de stabilité financière (FSB) et du CPMI, le programme du G20 structure les chantiers internationaux autour de quatre axes : rapidité d’exécution, baisse des coûts, transparence tarifaire et accessibilité. En l’absence d’une gouvernance mondiale contraignante, l’atteinte des cibles fixées initialement pour 2027 s’avère complexe. La bascule des messages financiers vers les standards ISO 20022 (MT vers MX), franchie sur le réseau SWIFT en mars 2023 puis achevée en novembre 2025, constitue le socle technique indispensable pour harmoniser les échanges. Ce format permet d’embarquer des informations enrichies et standardisées (identifiants LEI, données de facturation détaillées), réduisant les faux positifs lors du filtrage de sécurité et fluidifiant le traitement direct de bout en bout (Straight-Through Processing – STP).

Optimisation des infrastructures existantes et interconnexion instantanée

Les acteurs de place modernisent parallèlement les systèmes établis. Grâce au dispositif Swift GPI déployé depuis 2017, la transparence des frais s’est accrue et la majorité des paiements sont exécutés rapidement, portant à 91 % la part des flux mondiaux crédités sous 24 heures au premier trimestre 2026. La fiabilisation s’accélère avec les solutions de pré-validation des données et le dispositif européen de vérification du bénéficiaire (Verification of Payee – VoP).

En zone euro, le schéma OCT Inst. (One-Leg Out Instant Credit Transfer) de l’EPC, entré en application en octobre 2025, permet de connecter les infrastructures locales (RT1, Iberpay) aux flux internationaux. Pour généraliser ces interconnexions à l’échelle planétaire avec d’autres systèmes nationaux (comme PIX au Brésil, NPP en Australie ou UPI en Inde), SWIFT a initié en juin 2026 un schéma normé d’accords de niveau de service.

Actifs numériques, blockchain et enjeux de souveraineté

En complément des infrastructures fiduciaires, l’émergence des technologies décentralisées ouvre de nouvelles voies pour le règlement de la liquidité interbancaire et intragroupe. Plus de 40 banques internationales collaborent sur des initiatives telles qu’Agorá et SWIFT Ledger, reposant sur des registres partagés pour tester des règlements continus (24/7), expérimentés avec succès sur six devises majeures en 2026. Parallèlement, le marché des stablecoins demeure très majoritairement indexé sur le dollar américain (99 % des volumes sous forme d’USDC ou d’USDT). Grâce à l’entrée en application du cadre réglementaire européen MiCA (Markets in Crypto-Assets), des initiatives bancaires coordonnées, à l’instar du consortium Qivalis réunissant 37 établissements européens, développent des solutions d’actifs numériques régulées en euro, affirmant ainsi les enjeux de souveraineté face aux standards mondiaux.